Rencontre avec un acteur de la vie citoyenne aveyronnaise. Un temps directeur de cabinet du maire de Rodez, et plus récemment référent départemental pour le groupe En Marche. Thomas suit ses convictions et aborde le monde de l’entreprenariat avec l’envie de bousculer les règles.

Quel est votre parcours avant votre arrivée en Aveyron ?

J’étais étudiant en droit de formation puis en affaires publiques. A la suite de cela j’ai fait des stages principalement en cabinet d’avocat, après quoi j’ai basculé assez logiquement vers l’administration publique. J’ai dirigé pendant un et demi le cabinet du maire de Rodez.

Vous avez grandi et fait vos études à Paris. Est-ce que quand vous êtes arrivé à Rodez vous avez eu cette fameuse étiquette de « parisien » ?

J’ai plus « entendu » la menace de la part de certaines personnes quand je suis arrivé plutôt que je l’ai ressentie sur la réalité des rapports quotidiens. Je me suis adapté au maximum et ça a bien fonctionné.

Vous avez donc été directeur du cabinet de Christian Teyssèdre. Vous avez quitté vos fonctions en août. Comment voyez-vous votre avenir en Aveyron ?

J’ai quitté mes fonctions au premier août, depuis j’ai pris à charge un projet d’application mobile de prestations de services avec Guillaume Angles, directeur général des quincailleries Angles. Je fais partie de la génération numérique et je m’étonne encore de ne pas pouvoir prendre mon rendez-vous chez le coiffeur avec mon téléphone. Au-delà d’être un service rendu à l’usager, c’est aussi une manière de mettre en avant une offre commerciale. On se plaint de la place que peuvent prendre les centres commerciaux en dehors de la ville, l’application permettra de donner de la visibilité aux plus petits commerces de centre-ville.

Est-ce que vous pensez que ce manque de connectivité en Aveyron peut impacter sur l’envie d’entreprendre ?

Je ne pense pas que ça ait un impact sur la volonté d’entreprendre. Par contre, les infrastructures conditionnent la capacité à mettre en œuvre. C’est sûr qu’aujourd’hui le tissu local aveyronnais est fort par sa volonté d’entreprendre et sa culture d’entreprise. Les esprits sont ici « contemporains » à cette société de l’entreprenariat, mais on est en retard sur l’infrastructure et typiquement celle du numérique. Par exemple pour les entreprises dites « pure players » qui se concentrent sur le numérique, le débit d’internet pose problème car le transfert des données est trop lent. Il y a aussi le défi de construire un éco système. En Aveyron on a des entreprises qui travaillent mais qui se retrouvent isolées par rapport à un éco système qui est principalement ancré dans les grandes métropoles.

Est-ce que les entrepreneurs aveyronnais doivent travailler avec l’Aveyron ou étendre leur champ d’action vers l’extérieur ?

Il y a 2 choses. D’une part il faut une infrastructure qui permette de réceptionner un éco système. Les entrepreneurs doivent pouvoir communiquer entre eux localement. Ça serait un peu l’idée d’un incubateur, où les entreprises peuvent s’entraider et se conseiller sur des sujets spécifiques.

Créer un incubateur est-il viable pour l’Aveyron ? Est-ce un territoire où il est bon d’entreprendre ?

Je pense qu’en Aveyron comme partout, la particularité d’un territoire peut te permettre de créer ton entreprise. On parle souvent maintenant de marketing territorial. Certains pensent qu’avoir une marque de territoire c’est avoir un marqueur de communication et d’attractivité. La réalité des marques territoriales, c’est d’abord de regrouper un réseau d’entreprises, un écosystème autour d’objectifs communs. C’est se donner une stratégie. Et peut-être plus qu’ailleurs, plus que dans les métropoles, il y a une nécessité forte d’avoir des acteurs qui travaillent dans le même sens, si l’on compare en termes de démographie. Le fait que les acteurs soient peu nombreux ou du moins dispersés justifie la création d’un endroit pouvant accueillir une réflexion commune. Tout ça permettrait de trouver des synergies pour venir concurrencer les grandes métropoles.

La question bête de la fin, Paris ou Rodez ?

Rodez ! On m’a souvent posé cette question comme si en quittant Paris je quittais un lieu plus vivant, plus dynamique, etc. Alors certes ce ne sont pas les mêmes villes. On parle aujourd’hui de société de mobilité, chacun a tout intérêt à savoir apprécier le lieu où il vit. Je pense qu’ici on vit mieux au quotidien et il y a des richesses liées à l’environnement, au sport, etc. C’est une qualité de vie que l’on ne va pas retrouver dans les grandes métropoles. Il y a énormément de choses à faire dans chaque territoire, il suffit d’aller piocher.

Valentin IZZO