Des vinyles aux podcasts, des dédicaces amoureuses aux messages WhatsApp, la radio a traversé les générations sans perdre son rôle de proximité. David Martin, figure de Totem, revient sur les évolutions d’un média qui, depuis Radio Cité, continue de faire entendre la voix de l’Aveyron.

Crédit photo : Noëlie DELTEIL
En 1981, Radio Cité voit le jour. Quel était le projet de départ ?
Le projet de départ était sans prétention. C’était une bande de passionnés qui se disait : « Demain, on a les moyens de faire une radio. » Avant 1981, il n’y avait que quatre ou cinq radios en France, avec le monopole de France Inter, RTL et Europe 1. Toutes partaient de Paris. L’idée était de créer une radio locale, qui parlerait du territoire et s’adresserait aux habitants. Il n’y avait aucune ambition économique ou publicitaire : on voulait simplement être utile et parler du coin.
De Radio Cité à Totem, comment la radio a-t-elle évolué ?
En 1981, c’était Radio Cité, devenue Radio Cité 12 en 1984, puis 12FM en 1993, avant de prendre le nom de Totem en 2000. Nous avons voulu nous développer dans les départements voisins, tout en conservant ce qui avait fait notre succès en Aveyron : la proximité. Pour cela, il fallait proposer des informations locales adaptées à chaque territoire.
Avant Internet et les réseaux sociaux, comment faisiez-vous pour interagir avec les auditeurs ?
Le téléphone, déjà ! Et puis les dédicaces. On faisait une dédicace pour dire à une fille qu’on l’aimait bien ou pour saluer un copain, en se demandant : « Est-ce qu’il m’écoute ? » Le lendemain, au collège, est-ce qu’il allait me dire qu’il avait entendu mon message à la radio ? C’était une façon de communiquer sans passer par le téléphone parental, puisqu’on n’avait pas les portables. J’ai coutume de dire que, même s’il n’y avait pas les réseaux sociaux, le premier réseau social, ça a été la radio. Avant Facebook, Instagram et tout le reste.
Des vinyles aux podcasts, qu’est-ce qui a le plus changé dans votre métier ?
La technologie ! En 1981, on travaillait avec une platine vinyle et des disques. Aujourd’hui, l’informatique simplifie la technique et permet aux animateurs de se concentrer davantage sur leur contenu. Internet nous a aussi permis d’être écoutés partout en France, de publier des articles et de proposer nos émissions en replay grâce aux podcasts. L’objectif est de toucher aussi ceux qui ne peuvent pas écouter une émission au moment de sa diffusion.
Face aux réseaux sociaux et aux fausses informations, comment une radio locale peut-elle garder la confiance de son public ?
Notre différence, c’est la proximité, à la fois géographique et quotidienne. Notre valeur ajoutée repose sur des journalistes qui vont sur le terrain, réalisent des reportages et vérifient les informations. Contrairement à un simple article ou post publié sans vérification, nous allons voir, décrire et raconter ce qui se passe. C’est ce travail de terrain qui apporte du crédit et permet de gagner la confiance du public.
Avec l’intelligence artificielle et les plateformes numériques, quel avenir imaginez-vous pour la radio ?
Moi, je suis très confiant par rapport à l’avenir de la radio. Si on commence à donner à l’IA le côté humain et compagnie, autant aller écouter une playlist sur Deezer ou Spotify. Ce qui doit rester, c’est la proximité et le direct. La radio doit continuer à créer du lien, à se rendre utile et à accompagner les auditeurs. Il y a des gens qui soignent des vies, et nous, on accompagne des vies. Quelqu’un qui est allongé sur un lit d’hôpital et qui ne peut pas aller voir un match de foot de Rodez, il écoute à la radio. En écoutant le gars commenter, il va voir le terrain. C’est ça qu’il faut préserver : la capacité de créer du lien et de faire vivre des choses aux gens, même à distance.
Noëlie DELTEIL et Anaïs SABO

Crédit photo : Noëlie DELTEIL



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