Le Club, c’est la seule salle de concert à programmation régulière du département : 300 places, une association privée, 20 ans d’existence. Son directeur, aussi programmateur, a vu passer des générations de publics. Que pense-t-il des 20 ans d’aujourd’hui ?

Crédit : Anna Delabre

« Quelle place ont les jeunes de 20 ans dans votre public ? »

« Une place qu’on aimerait plus grande. On a une vraie déception sur l’intérêt du public jeune. Je pense que la curiosité recule chaque année : ils vont de moins en moins dans des endroits où ils ne connaissent pas les artistes. Le paradoxe, c’est qu’on va voir des films qu’on ne connaît pas, mais pas des concerts qu’on ne connaît pas. Et nous, on ne peut pas programmer des groupes connus : avec 300 places, ils coûtent trop cher. »

« Le prix, c’est le frein principal ? »

« On a un tarif à 6 € pour les étudiants et les moins de 18 ans. On a même été gratuits pendant deux ou trois ans, on allait l’annoncer dans les amphis. On n’a pas senti d’augmentation. La thune, on a tenté, et on a vu que ce n’était pas vraiment ça. »

« Alors qu’est-ce qui les freine ? »

« La peur de l’inconnu : arriver dans un endroit qu’on ne connaît pas, sans savoir si ça va nous plaire. Et la mobilité : quand on habite à Salles-Curan et qu’on n’a pas de voiture, c’est compliqué. Ils ont aussi besoin de venir à plusieurs. Il suffit d’un prescripteur, quelqu’un qui embarque trois copains un peu frileux. Et il y a la communication : avec tout ce qu’ils reçoivent sur leur téléphone, si on ne leur rappelle pas, même le jour même, on est zappés. »

« Comment arrivez-vous quand même à les faire venir ? »

« En les impliquant. On accueille beaucoup de stagiaires, on a des projets avec un lycée et avec la fac, ils co-organisent des événements. Résultat : sur une soirée drum and bass à 6 €, il y avait plus d’étudiants qu’avant. Ils deviennent ambassadeurs, ils ramènent leurs potes. Il ne faut pas être que consommateur. Moi-même, j’ai commencé comme bénévole. »

« Est-ce qu’il y a assez d’offre culturelle en Aveyron ? »

« Non. C’est un département dynamique, mais on est la seule salle avec une programmation régulière. Il faut plus d’assos, plus de salles, plus de concerts punk, métal, électro… Plus il y en a, plus les gens poussent la porte, et un jour ils se retrouvent aussi chez nous. Je pense que c’est un engrenage positif. »

Anna Delabre