À l’occasion du Beaujolais nouveau, nous sommes allés à la rencontre de Jean-Luc Matha, vigneron du domaine Matha, dans le vignoble de Marcillac. À 73 ans, il nous a raconté son parcours, l’héritage transmis par son père et les anciens, mais aussi sa passion pour la vigne et le temps nécessaire à l’élaboration d’un vin.

Un héritage bien enraciné

Jean-Luc Matha, , Crédit : Robin Glandières

Certaines histoires se sont construites au fil des années, au rythme des rencontres et des expériences. Celle de Jean-Luc Matha a été intimement liée à la vigne, mais aussi aux personnes qui l’ont accompagné. Pour lui, la vigne n’a pas seulement représenté une activité professionnelle : elle a représenté un héritage, une histoire humaine et des souvenirs qui ont continué de vivre.

Son père a joué un rôle essentiel dans ses débuts. Il l’a aidé à s’installer et à acquérir ses premières vignes, mais ne lui a jamais imposé de suivre cette voie. Mais surtout, « mon père m’a donné l’envie d’avoir envie. » Une phrase qui a résumé sa vision de la transmission : donner l’envie, accompagner et montrer l’exemple, plutôt que d’imposer.

Les anciens du village ont également occupé une place importante dans son parcours. À travers leurs conseils, leurs gestes et leur expérience, ils lui ont transmis un savoir-faire qui ne s’est pas appris uniquement dans les livres. À une époque où le travail de la vigne a été difficile et incertain, certains ont même découragé leurs enfants de reprendre l’exploitation. Jean-Luc Matha, lui, a choisi de poursuivre cette activité. Il a gardé une profonde reconnaissance envers ceux qui lui ont ouvert la voie. À son tour, il s’est considéré comme « un passeur, le passeur de ces gens qui sont partis » : celui qui a porté la mémoire de ces générations et a fait perdurer, à sa manière, ce qu’elles lui ont appris.

La patience, le secret d’un bon cru

Pour lui, être vigneron a demandé avant tout de la patience, de l’attention et surtout de la passion. Chaque plant a évolué à son rythme, chaque récolte a été différente et rien n’a véritablement pu être précipité. Il a décrit son travail comme une relation avec le vivant, dans laquelle il a fallu observer, accompagner et parfois simplement laisser faire. Une philosophie qui s’est prolongée jusque dans sa cave, où il a aimé prendre le temps « d’écouter » et d’observer le vin pendant son évolution.

Des valeurs qui ont traversé le temps

Au fil de l’entretien, Jean-Luc Matha a aussi évoqué les souvenirs des vendanges, les moments de convivialité et l’entraide entre les vignerons. Derrière le travail parfois difficile et les temps pluvieux, il s’est surtout rappelé les femmes et les hommes qui ont partagé ces journées. Il a regretté que les relations humaines soient devenues parfois plus individualistes et que le partage des expériences se soit peu à peu perdu. Pour lui, transmettre n’a donc pas concerné uniquement les techniques viticoles : cela a aussi été apprendre à échanger, à remercier et à rester attentif aux autres.

Si son fils a choisi une autre voie professionnelle, Jean-Luc Matha n’a pas pour autant remis en question le chemin parcouru. Après toutes ces années consacrées à la vigne, l’avenir du domaine est resté incertain. Il a toutefois espéré que ce qu’il a construit ne s’arrêterait pas avec lui. Au-delà de l’exploitation, ce sont surtout les valeurs auxquelles il a tenu, comme le respect, le partage et l’humilité, qu’il a souhaité voir perdurer. Une conviction a résumé son parcours : « Laissez le temps au temps. Vivez le temps. »

Anaé Ayrald et Robin Glandières