À l’occasion des 20 ans de l’IUT de Rodez, rencontre avec Paul Carcenac, un ancien étudiant de la première promotion, entré en septembre 2007. Aujourd’hui chef de service web au Figaro, il revient sur son parcours et sur vingt ans d’évolution du journalisme, marqués notamment par l’essor du numérique, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

Quel métier exercez-vous aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je suis journaliste au service web du Figaro, mais ma spécialité est le recrutement d’abonnés numériques : je cherche des sujets qui donnent envie aux lecteurs de s’abonner. Je suis arrivé dans le journal en 2015 et j’ai progressivement pris davantage de responsabilités.

Paul Carcenac, ancien élève de l’IUT de Rodez, à été diplômé en 2009.
Crédit : Paul Carcenac

Lorsque vous étiez étudiant à l’IUT de Rodez, aviez-vous déjà envie de devenir journaliste ?

Pas vraiment, je suis arrivé à l’IUT de Rodez presque par hasard. C’est lors de mon premier stage, à la mairie d’Albi, que j’ai découvert le travail de rédaction pour un magazine municipal. J’ai beaucoup aimé cette expérience : rencontrer des gens, partir en reportage, découvrir de nouveaux sujets… Mon deuxième stage, à La Dépêche du Midi, a confirmé mon envie de devenir journaliste. Je suis entré à l’IUT sans vraiment savoir ce que je voulais faire, et j’en suis ressorti avec une vocation.

En près de 20 ans de carrière, quelles sont les évolutions les plus marquantes que vous avez pu observer dans le journalisme ?

Ce qui a énormément évolué en vingt ans, c’est Internet et la presse en ligne. À l’époque, la télévision, les journaux papier et les magazines étaient encore très puissants. Aujourd’hui, les gens s’informent beaucoup plus sur Internet et notamment, les jeunes avec les réseaux sociaux. Quand j’étais étudiant à l’IUT de Rodez, j’ai ouvert mon compte Facebook, mais les réseaux sociaux en étaient encore à leurs débuts. Personne ne consommait réellement l’information par leur intermédiaire. Aujourd’hui, de nouveaux défis apparaissent avec l’intelligence artificielle et les réponses proposées directement par Google. En vingt ans, tout a changé dans notre manière de consommer l’information.

Les nouvelles technologies ont-elles changé votre manière de travailler ?

Je ne fais plus le même métier qu’il y a vingt ans. Avant j’étais sur le terrain, aujourd’hui je fais davantage de management. Pour autant, le travail des journalistes de terrain n’a pas fondamentalement changé. L’information locale nécessite toujours de rencontrer des gens et de se déplacer, ce que l’intelligence artificielle ne peut pas remplacer aussi facilement. Elle reste une aide au quotidien pour corriger des textes, réfléchir à des titres ou se documenter à condition de bien vérifier les sources.

Comment faites-vous aujourd’hui pour vous démarquer face à la quantité d’informations disponibles ?

Par l’originalité des angles, par les personnes que l’on mobilise pour décrypter les choses et par la profondeur des contenus. Beaucoup d’informations circulent sur les réseaux sociaux sans être forcément avérées. On essaie d’être des sources, même si on n’est pas infaillibles. Les médias traditionnels ont encore des choses à apporter au débat et ne sont pas remplacés par les créateurs de contenus.

Selon vous, à quoi ressemblera le journalisme dans vingt ans ?

Je pense qu’il y aura beaucoup moins de journaux papier, voire presque plus de quotidiens. Il restera certainement de beaux magazines mensuels. L’avenir des médias numériques se jouera davantage sur la qualité et les contenus payants. Les journaux les plus rigoureux et les plus sérieux auront toujours une place, car on est capable de faire payer des gens pour de l’information sérieuse. L’intelligence artificielle pourrait également reproduire certains contenus journalistiques, parfois aussi bien que les journalistes eux-mêmes. Mais il est difficile de prévoir les nouvelles façons de s’informer !

Clémence Célérier